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La plante primordiale de Goethe et le règne végétal
de Ernst-Michaël Kranich
TRIADES
24.00 €| Format | Broché, 148 pages |
|---|---|
| Précisions | |
| Parution | (Avril 2010) |
| GA | |
| Traducteur | René Wisser |
| ISBN | 978-2-85248-319-4 |
Note de l’éditeur
« Seul celui-là peut penser qui a suffisamment séparé pour unir, et suffisamment uni pour pouvoir à nouveau séparer. » (Goethe)
Nous sommes entourés de plantes très différentes les unes des autres : Lichens, Algues, Champignons, Mousses, Fougères, Conifères, Plantes à fleurs…
Quelle est la signification d’une telle diversité ? Existe-t-il un lien entre une plante aussi simple qu’une Algue verte, et une Tulipe ou une Rosacée ?
Pour comprendre la plante vivante, Goethe invitait le botaniste à ne pas en rester aux formes fixes, mais à recréer intérieurement leur développement. Cette reconstruction imaginative active, mobile, ouvre une voie inattendue vers une réalité qui reste inaccessible lorsque l’on se contente d’enregistrer des faits figés.
Au sommaire
Le goethéanisme : sa méthode et sa portée
Le règne végétal : une manifestation de la plante primordiale
Les Conifères
Le Ginkgo
Les Fougères
Les Prêles
Les Mousses
Les Algues
Les Champignons
Les Lichens
Le développement du règne végétal
Regard sur l’ère des plantes à fleurs.
Extrait du livre
Avant-propos
Lorsque, à une époque où la biologie moderne jouit d’une si haute considération qu’elle parvient à se hausser au premier rang des sciences de la nature, on veut se référer à un auteur de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle, et qui plus est connu seulement de la majorité comme poète, on a toutes les raisons d’en présenter l’intention et d’en justifier l’entreprise. C’est ce que je vais faire en guise d’introduction.
La biologie, en tant que science du vivant, a emprunté une voie, surtout depuis le milieu du siècle dernier, qui a eu des conséquences considérables pour nos idées sur la conception du monde. Pour le constater, il suffit de se remémorer quelques étapes importantes. En 1953, à la suite de travaux préliminaires d’autres chercheurs, Watson et Crick découvrent la structure en double chaîne spiralée de la substance supportant l’hérédité. Il s’ensuit, surtout grâce à Nirenberg et Ochoa, le décryptage du code génétique, c’est-à-dire le mécanisme permettant de synthétiser, à partir de l’ADN, la protéine qui est la base du vivant. Au début de notre siècle, on découvre ensuite le séquençage du génome humain, c’est-à-dire l’ensemble de la substance héréditaire de l’homme, dont l’étude détaillée atteint un certain sommet d’un développement qui avait commencé juste avant le milieu du XIXe siècle. À ce moment, en 1842, M.J. Schleiden fonda, grâce à son ouvrage Fondements d’une botanique scientifique, la conception selon laquelle, pour comprendre un organisme vivant, il faut partir de ses cellules. On y trouve notamment cette phrase : « Chaque hypothèse, chaque induction, qui ne se fixe pas comme but d’explorer les processus se déroulant dans la plante comme étant le résultat de changements au niveau des différentes cellules est à rejeter sans réserve. »
Le programme de recherche énoncé dans cette formulation a conduit à la conception selon laquelle chaque organisme vivant possède les bases de son développement dans la substance héréditaire contenue dans les cellules. H. Penzlin s’en fait l’écho lorsqu’il affirme : « L’état du vivant représente une “organisation” qui se maintient à tout moment de façon ininterrompue à travers les générations. La base de l’activité autoproductive de cette organisation est livrée par l’information ancrée et consultable dans le génome. » Ce n’est pas seulement l’organisme de la plante, de l’animal ou de l’homme qui, de plus en plus, est ramené à l’information génétique contenue dans les cellules, mais aussi les propriétés fondamentales du comportement humain. Cela réduit à un minimum à peine imaginable l’image que l’homme se fait de lui-même et sa conception de la nature.
Celui qui prend conscience de cela et des conséquences qui en découlent peut se sentir incité à confronter cette conception apparemment si évidente aux manifestations de la vie elle-même. C’est ce que réalise par exemple Hans Jonas, avec une haute compétence philosophique et une grande connaissance factuelle, dans son livre Le phénomène de la vie. On peut aussi procéder à cette vérification en empruntant une autre voie. Ce tournant pris au milieu du XIXe siècle en direction d’une interprétation essentiellement matérialiste du vivant a condamné des conceptions plus anciennes à sombrer plus ou moins dans l’oubli. À côté de la philosophie idéaliste de la nature, dont le représentant le plus important fut F.W. Schelling, il faut évoquer l’approche particulière du vivant inaugurée par Goethe.
Au cours des considérations qui vont suivre, nous allons reprendre ces conceptions goethéennes. On constatera qu’ainsi une compréhension moins réductive et plus vivante devient possible, en particulier celle d’un monde végétal, et que celui-ci nous amène à douter de l’interprétation simpliste de l’organisme vivant qui vient d’être évoquée.
La manière de voir les choses inaugurée par Goethe peut montrer toute sa signification à l’arrière-plan, justement, de l’orientation prise par la récente biologie moléculaire. Il est vrai que cela n’apparaît que lorsqu’on poursuit l’investigation au-delà du domaine que Goethe a lui-même exploré. Ce qu’il a présenté dans son traité sur La métamorphose des plantes constitue seulement le fondement et le commencement d’une science nouvelle, d’une botanique goethéenne. Goethe lui-même n’a fourni que des remarques brèves indiquant cette voie. Il existe cependant toute une série de travaux que l’on peut qualifier de goethéens, mais la plupart ont continué de prospecter le domaine de la métamorphose, et quelques-uns seulement ont élargi l’horizon de cette botanique goethéenne.
Je suis d’avis qu’il est urgent de continuer la construction d’une véritable science botanique en s’appuyant sur le socle élaboré par Goethe, et de l’élargir dans différentes directions, afin que puisse apparaître, progressivement, une image du vivant conforme à la réalité. Afin d’appréhender celle-ci selon un autre point de vue, on peut s’inspirer pour beaucoup de ce qui a déjà été accompli dans ce domaine : c’est le mérite de Rudolf Steiner d’avoir présenté en détail, dans son petit livre Une théorie de la connaissance chez Goethe la méthode d’une botanique goethéenne. Dans le même ouvrage, de même que dans l’introduction au premier volume des textes scientifiques de Goethe, Steiner a aussi précisé certaines missions thématiques de cette nouvelle approche de la science botanique goethéenne.
Après les explications préliminaires qui seront données au chapitre 1, nous essayerons, au chapitre 2, de présenter le plus objectivement possible cette méthode d’une botanique goethéenne, de montrer les différences avec la botanique classique et avec celle d’une approche phénoménologique, puis d’en examiner toute la portée. Sur cette base, le chapitre 3 traitera des groupes principaux du règne végétal. Le chapitre 4 conduira aux perspectives d’une évolution du monde des plantes. Le 5e chapitre évoquera enfin la contribution que la botanique goethéenne peut apporter à une conception moderne du monde, ainsi que sa signification en pédagogie.
Stuttgart, printemps 2007
Ernst Michael Kranich
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